Cyanobactéries et chien : reconnaître le danger dans l’eau
Votre chien vient de boire, de se baigner ou de jouer dans une eau présentant une coloration inhabituelle, de l’écume ou des amas suspects ? Éloignez-le immédiatement de l’eau, empêchez-le de se lécher, rincez-le à l’eau propre et contactez un vétérinaire.
Certaines cyanobactéries peuvent produire des toxines très dangereuses pour le chien. L’intoxication peut survenir lorsqu’il boit une eau contaminée, avale des amas présents sur la berge ou lèche son pelage après la baignade.
Les symptômes peuvent apparaître rapidement et l’état du chien peut se dégrader en peu de temps. Il ne faut donc pas attendre l’apparition de signes graves pour demander un avis vétérinaire.
Les premiers réflexes après une exposition suspecte
- éloignez immédiatement le chien de l’eau et de la berge ;
- tenez-le en laisse pour l’empêcher d’y retourner ;
- empêchez-le de lécher son pelage ou ses pattes ;
- mettez des gants si vous devez le manipuler ;
- rincez abondamment son corps avec de l’eau propre ;
- contactez rapidement votre vétérinaire ou une clinique de garde ;
- notez le lieu, l’heure et la durée approximative de l’exposition ;
- prenez des photos de l’eau ou des amas sans vous exposer ;
- ne faites pas vomir votre chien vous-même ;
- ne lui administrez aucun médicament ni charbon actif sans consigne vétérinaire.
Que sont les cyanobactéries ?
Les cyanobactéries sont des micro-organismes naturellement présents dans les milieux aquatiques. Elles sont parfois appelées « algues bleues » ou « algues bleu-vert », même s’il s’agit en réalité de bactéries capables de réaliser la photosynthèse.
Toutes les cyanobactéries ne produisent pas de toxines. Certaines espèces peuvent cependant fabriquer des cyanotoxines susceptibles d’affecter notamment :
- le système nerveux ;
- le foie ;
- les reins ;
- le système digestif ;
- la respiration ;
- la peau et les muqueuses.
Une prolifération de cyanobactéries peut se produire lorsque les conditions environnementales leur sont favorables, notamment avec une eau chaude et riche en nutriments.
Le phénomène est plus fréquemment observé pendant les périodes chaudes, mais il peut apparaître à d’autres moments de l’année.
Où peut-on rencontrer des cyanobactéries ?
Les cyanobactéries ne se trouvent pas uniquement dans les mares ou les eaux totalement stagnantes.
Dans les lacs, étangs et plans d’eau
Les cyanobactéries dites planctoniques se développent dans la colonne d’eau. Elles peuvent former des proliférations visibles à la surface.
Elles peuvent être présentes dans :
- les étangs ;
- les lacs ;
- les retenues d’eau ;
- les bases de loisirs ;
- les canaux ou zones à très faible courant ;
- les mares privées ;
- certains bassins artificiels.
Dans les rivières et les fleuves
Les cyanobactéries dites benthiques peuvent se développer sur le fond des cours d’eau, notamment dans les secteurs peu profonds et à courant faible.
Elles forment des plaques ou biofilms qui peuvent ensuite se détacher, remonter à la surface et s’accumuler :
- sur les pierres ;
- dans les zones peu profondes ;
- sur les bancs de sable ;
- sur les berges ;
- dans des amas flottants ou des « flocs ».
Ces amas peuvent attirer les chiens en raison de leur odeur ou simplement par curiosité.
Comment reconnaître une eau potentiellement suspecte ?
Une prolifération peut parfois modifier l’aspect ou l’odeur de l’eau.
Évitez de laisser votre chien accéder à une eau présentant :
- une coloration verte, bleue, turquoise, brune ou rougeâtre ;
- un aspect de peinture répandue à la surface ;
- une écume ou une mousse inhabituelle ;
- des filaments, plaques ou amas flottants ;
- un dépôt épais sur les pierres ou les berges ;
- des amas noirs, verdâtres ou brunâtres dans les zones peu profondes ;
- une odeur forte ou désagréable ;
- des poissons ou animaux morts à proximité ;
- une interdiction locale de baignade ou d’accès aux animaux.
Il est toutefois impossible de savoir uniquement à l’œil nu si une prolifération produit des toxines.
À l’inverse, une eau qui paraît claire peut parfois présenter un risque. En cas d’alerte locale, d’interdiction ou de doute, gardez votre chien hors de l’eau.
Comment le chien peut-il être intoxiqué ?
En buvant l’eau
Le chien peut avaler de l’eau volontairement ou accidentellement pendant la baignade, le jeu ou la récupération d’un objet.
En avalant des amas de cyanobactéries
Les amas concentrés sur les berges, les pierres ou dans les zones peu profondes peuvent contenir une quantité importante de cyanobactéries et de toxines.
Un chien peut les renifler, les mâchouiller ou les avaler.
En léchant son pelage
Après la baignade, des cyanobactéries peuvent rester collées sur les poils, les pattes ou le ventre.
Le chien peut ensuite les ingérer en se léchant. C’est pourquoi il est important de le rincer immédiatement après une exposition suspecte.
En mangeant un animal mort ou contaminé
Ne laissez pas votre chien manger :
- des poissons morts ;
- des oiseaux ou petits animaux trouvés sur la berge ;
- des algues ou amas végétaux ;
- des déchets présents près de l’eau.
Quels symptômes peuvent apparaître ?
Les symptômes dépendent de la cyanotoxine concernée, de la quantité ingérée et du délai depuis l’exposition.
Ils peuvent apparaître en quelques minutes ou dans les heures suivantes. Certaines atteintes du foie peuvent se manifester plus tardivement.
Les signes digestifs
- salivation importante ;
- mousse autour de la gueule ;
- vomissements ;
- diarrhée ;
- douleur abdominale ;
- perte d’appétit.
Les signes neurologiques
- agitation ou comportement inhabituel ;
- faiblesse soudaine ;
- démarche instable ;
- perte de coordination ;
- contractions ou tremblements musculaires ;
- convulsions ;
- paralysie progressive ;
- perte de connaissance.
Les signes respiratoires
- respiration rapide ;
- difficulté à respirer ;
- halètement inhabituel ;
- faiblesse importante ;
- muqueuses pâles ou bleutées.
Les signes pouvant évoquer une atteinte du foie
- abattement important ;
- vomissements persistants ;
- urines foncées ou contenant du sang ;
- coloration jaune des yeux ou des muqueuses ;
- saignements inhabituels ;
- gonflement ou douleur abdominale.
Les réactions cutanées
Le contact peut également provoquer chez certains animaux :
- des rougeurs ;
- des démangeaisons ;
- une irritation de la peau ;
- une irritation des yeux ;
- un gonflement ou une réaction allergique.
Un changement brutal de comportement après une baignade doit également être considéré comme un signal d’alerte.
Que faire si mon chien s’est baigné dans une eau suspecte ?
1. Le sortir immédiatement de la zone
Éloignez-le de l’eau, des pierres, des amas et de la berge contaminée.
Gardez-le en laisse pour éviter qu’il ne retourne boire ou se baigner.
2. L’empêcher de se lécher
Ne le laissez pas nettoyer lui-même son pelage. Utilisez une laisse courte et surveillez-le pendant le rinçage et le transport.
Lorsque cela peut être fait sans danger, vous pouvez utiliser une collerette ou une muselière panier correctement ajustée pour limiter temporairement le léchage.
Ne mettez pas de muselière fermée à un chien qui vomit, respire difficilement ou présente des troubles neurologiques.
3. Le rincer à l’eau propre
Mettez des gants puis rincez abondamment le chien avec :
- de l’eau du robinet ;
- une douche ;
- un tuyau d’arrosage ;
- une réserve d’eau propre si vous êtes loin de votre domicile.
Rincez particulièrement :
- les pattes ;
- le ventre ;
- le poitrail ;
- le dessous de la queue ;
- les zones de pelage épais.
N’utilisez pas l’eau du plan d’eau pour le rincer.
4. Contacter le vétérinaire
Appelez rapidement votre vétérinaire ou une clinique de garde en précisant :
- le lieu exact de l’exposition ;
- l’heure approximative ;
- si le chien a bu ou seulement nagé ;
- s’il a avalé des amas ou léché son pelage ;
- la durée de la baignade ;
- les symptômes éventuellement observés ;
- les éventuelles alertes ou interdictions présentes sur le site.
En France, vous pouvez également contacter un centre antipoison vétérinaire :
- CAPAE-Ouest : 02 40 68 77 40 ;
- CNITV : 04 78 87 10 40.
Les coordonnées officielles sont disponibles sur la page des centres antipoison vétérinaires en France.
5. Ne pas attendre les symptômes graves
Le chien peut sembler normal juste après l’exposition, puis se dégrader rapidement.
Ne restez pas simplement à domicile pour surveiller lorsque :
- vous avez vu le chien boire une eau suspecte ;
- il a avalé un amas ou un biofilm ;
- une alerte aux cyanobactéries est en cours ;
- il présente le moindre symptôme digestif, neurologique ou respiratoire.
Que ne faut-il surtout pas faire ?
- ne faites pas vomir le chien vous-même ;
- ne lui donnez pas de sel, d’huile, de lait ou d’eau oxygénée ;
- ne lui administrez pas de charbon actif sans consigne vétérinaire ;
- ne le laissez pas se lécher avant le rinçage ;
- ne retournez pas dans l’eau pour récupérer un jouet ;
- ne touchez pas les amas à mains nues ;
- ne laissez pas les enfants ou les autres animaux approcher de la zone ;
- ne vous fiez pas uniquement à la couleur ou à l’odeur de l’eau.
Comment le vétérinaire peut-il prendre en charge l’intoxication ?
Il n’existe pas un antidote unique permettant de neutraliser toutes les cyanotoxines. Le traitement dépend donc du type d’exposition, des symptômes et de l’état du chien.
Le vétérinaire pourra notamment mettre en place :
- une décontamination digestive lorsque cela est indiqué ;
- une perfusion ;
- une oxygénothérapie ;
- un traitement contre les tremblements ou les convulsions ;
- une surveillance de la respiration ;
- des analyses du foie, des reins et de la coagulation ;
- un traitement de soutien adapté aux organes affectés ;
- une hospitalisation et une surveillance intensive.
Une prise en charge rapide peut améliorer les chances de survie, notamment avant l’apparition de troubles neurologiques ou respiratoires sévères.
Comment prévenir une intoxication pendant les promenades ?
Consulter les alertes locales
Avant une baignade ou une sortie au bord d’un plan d’eau, vérifiez :
- les panneaux présents sur place ;
- le site internet de la commune ;
- les publications de la préfecture ou de l’Agence régionale de santé ;
- les informations des gestionnaires de la base de loisirs ;
- le site officiel consacré à la qualité des eaux de baignade.
Vous pouvez consulter les informations officielles sur la qualité des eaux de baignade en France.
Observer l’eau et les berges
Avant de détacher votre chien, inspectez :
- la couleur de l’eau ;
- la présence d’écume ou de mousse ;
- les dépôts sur les pierres ;
- les amas accumulés sur les berges ;
- la présence de poissons morts ;
- les éventuelles interdictions.
En cas de doute, passez votre chemin et choisissez un autre lieu.
Garder le chien en laisse près des zones à risque
Une laisse ou une longe permet d’éviter qu’il :
- se jette dans l’eau ;
- boive sans autorisation ;
- mange un amas présent sur la berge ;
- récupère un poisson mort ;
- s’éloigne vers une zone non surveillée.
Emporter de l’eau potable
Proposez régulièrement de l’eau propre afin de limiter la tentation de boire dans une flaque, un étang ou une rivière.
Prévoyez une quantité suffisante pendant les promenades, les activités sportives et les journées chaudes.
Consultez également notre article consacré au coup de chaleur chez le chien et aux gestes d’urgence.
Ne pas lancer de jouet dans une eau inconnue
Un lancer peut pousser le chien à entrer dans une zone qui aurait autrement été évitée.
Vérifiez toujours la sécurité et l’autorisation de baignade avant de lancer une balle ou un jouet.
Rincer le chien après une baignade
Même lorsque l’eau n’est pas visiblement suspecte, rincer le chien permet d’éliminer une partie des dépôts, boues et micro-organismes présents sur son pelage.
Séchez également correctement les oreilles et les zones de plis.
Peut-on laisser son chien se baigner dans une rivière claire ?
Une eau claire n’est pas automatiquement sûre. Les cyanobactéries benthiques peuvent se développer sur le fond d’une rivière sans former une importante coloration en surface.
La sécurité dépend également d’autres facteurs :
- la force du courant ;
- la profondeur ;
- la qualité microbiologique de l’eau ;
- la présence de déchets ou d’hameçons ;
- les alertes locales ;
- les capacités physiques du chien.
Aucune baignade en milieu naturel n’est totalement sans risque. L’objectif est donc d’observer, de s’informer et de choisir des zones autorisées et surveillées lorsque cela est possible.
Mon chien boit systématiquement dans les flaques et les rivières
La priorité consiste à utiliser une laisse ou une longe dans les zones à risque et à emporter une eau potable suffisamment attractive.
Un apprentissage progressif peut également permettre de travailler :
- le renoncement ;
- le rappel ;
- le lâcher ;
- le retour vers le propriétaire ;
- le passage à distance d’un point d’eau ;
- la gestion de l’excitation liée à la baignade.
Votre chien se précipite dans chaque point d’eau ou boit tout ce qu’il trouve en promenade ?
Doggy’Cation peut vous accompagner avec des cours individuels adaptés pour travailler le rappel, le renoncement et la sécurité autour des points d’eau.
Retrouvez également nos autres conseils dans la catégorie Prévention et sécurité du chien.
Cet article fournit des informations générales et ne remplace pas un avis vétérinaire. Après une exposition réelle ou supposée à des cyanobactéries, rincez le chien à l’eau propre et contactez rapidement un vétérinaire.
Sources utiles
- Anses – Les cyanobactéries en questions
- Anses – Cas groupés d’intoxications de chiens par des cyanobactéries dans la Loire
- Centers for Disease Control and Prevention – Cyanobactéries et animaux
- Environmental Protection Agency – Protéger son chien des proliférations de cyanobactéries
- Ministère chargé de la Santé – Qualité des eaux de baignade






